Balde Keita, un enfant terrible pour Jardim

L’AS Monaco l’a prouvé a maintes reprises ces dernières années : elle est une spécialiste de la plus-value. Les cas Mbappé, Bakayoko, Mendy ou encore Bernardo Silva n’en sont que les derniers exemples les plus frappants. Pourtant, le temps d’une transaction, l’ASM a refourgué sa casquette de roi de la plus-value à la Lazio. Les Romains viennent en effet de lui vendre Keita Baldé pour 30 millions d’euros, alors qu’ils l’avaient acheté en 2011 pour 300 000 euros. Soit un prix multiplié par 100. Et malgré cela, c’est peut-être bien Monaco et non la Lazio qui fait la bonne affaire. Keita sort de la meilleure saison de sa carrière, vient de planter 16 buts en Serie A, et est âgé de seulement 22 ans. Soit encore une grosse marge de progression devant lui.

Un comportement pas pardonné
L’histoire entre Baldé Keita et la Lazio prend donc fin après six années. Non sans polémique. Car le joueur, protagoniste de l’excellente saison de la bande à Simone Inzaghi l’an dernier (5e place et finale de Coupe d’Italie), n’a pas disputé le moindre match officiel cette saison. Via son agent, Roberto Calenda, il a rapidement fait comprendre aux dirigeants laziali qu’il souhaitait partir. L’agent est ainsi parti au bras de fer avec le duo Lotito-Tare. Erreur. Les treize années de présidence de Lotito auraient dû lui apprendre que le patron laziale ne cède sur rien, jamais. Le Sénégalais partirait pour une somme satisfaisante ou ne partirait pas, quitte à le laisser hors du groupe jusqu’à la fin de son contrat en 2018.

Keita Baldé, un éclair dans le ciel

C’est du coup ce qu’a fait Simone Inzaghi pour la finale de Supercoupe d’Italie contre la Juventus (victoire 3-2 des Laziali) et pour les deux premières rencontres de la Serie A 2017-2018. Le coach se justifie alors en expliquant qu’il voyait un « Keita pas concerné à l’entraînement » . La Juve s’est donc positionnée (c’était le choix préférentiel du joueur), suivie de l’Inter, du Napoli, de Tottenham et, finalement, de l’AS Monaco, qui a raflé la mise pour 30 millions d’euros. Quelques heures après l’officialisation du transfert, Keita a lâché un mot sur son compte Instagram à l’intention des tifosi laziali. Qui, visiblement, ne sont guère enclins à lui pardonner son comportement lors de ce dernier été.

Champion d’Italie Primavera et premier but pro
Leonardo Jardim va donc se retrouver avec un vrai talent entre les mains. Une tête de mule, certes, un caractère de cochon, mais un véritable talent. Partout où il est passé, c’est en tout cas le souvenir qu’il a laissé. À Barcelone, déjà, là où il a été formé, on en disait le plus grand bien. Le gamin avait planté 300 buts avec les équipes de jeunes, mais une blague lors d’un stage au Qatar (mettre deux glaçons dans le lit d’un pote, olala que c’est grave) lui a valu d’être envoyé en prêt à Cornellá. Vexé et rancunier, Keita, alors seulement âgé de 16 ans, refuse de revenir au Barça l’été suivant.

Attentive, la Lazio l’enrôle. Mais devra attendre plusieurs mois avant de pouvoir l’utiliser, à cause de problèmes de passeport et d’extra-communautaire. Keita fait donc ses débuts avec la Primavera de la Lazio entraînée par Bollini, et remporte dès juin 2013 le titre de champion d’Italie Primavera. Suffisant pour que le coach laziale, Vladimir Petković, ne le fasse monter en équipe première à partir de la saison 2013-2014. L’année des premières fois pour le joueur : première apparition en Serie A (face au Chievo), premier but (contre Parme), premier match en Coupe d’Europe (Legia), premier but (Ludogorets), première frustration avec ce poteau frappé contre la Juventus. Et surtout premières louanges, tant le joueur surnage déjà dans une équipe qui, cette saison-là, galère sacrément.

L’explosion avec Inzaghi
Lors de la saison 2014-2015, Keita joue peu. Le Sénégalais paie surtout l’explosion de Felipe Anderson, qui lui est du coup préféré par Stefano Pioli dans le système en 4-3-3 où Candreva occupe l’autre aile, et Miroslav Klose la pointe. « Keitinha » réclame du temps de jeu, bougonne, obtient des bribes de match, ne marque qu’un seul but. Bref, pas franchement la saison rêvée. Et déjà, lors de l’été 2015, il menace de partir après que Pioli ne l’a pas convoqué (déjà !) pour la finale de la Supercoupe d’Italie contre la Juventus. Les deux hommes se parlent ensuite en tête à tête, d’homme à homme, et Keita répond de la meilleure des façons en inscrivant le seul but du match lors du tour préliminaire de Ligue des champions face à Leverkusen. Au retour, les Laziali en prendront trois dans le baba, mais la paix est faite.

Keita, la Lazio découvre sa nouvelle perle

Le véritable tournant, pour Keita, sera néanmoins l’arrivée sur le banc de Simone Inzaghi, en avril 2016. Le Mister et l’attaquant s’étaient déjà croisés du temps de la Primavera, quelques années auparavant. Inzaghi a déjà les idées claires pour sa pépite sénégalaise. Il l’alignera sur le côté gauche, avec Ciro Immobile en pointe et Felipe Anderson à droite. Keita profite du départ de Candreva à l’Inter à l’été 2016 pour devenir un titulaire en puissance de l’équipe. Rapide, excellent dribbleur, il se met même à marquer avec régularité, mais, étrangement, n’est jamais aussi bon que lorsqu’il entre en cours de jeu. Comme ce 13 mars 2017, lorsqu’il entre à la 77e minute face au Torino, et offre la victoire aux siens à la 87e d’une merveille d’enroulé du droit.

Sa fin de saison est absolument hallucinante en matière de chiffres. Aligné en pointe lors du derby romain après le forfait d’Immobile, grippé, il porte son équipe et inscrit un doublé victorieux (1-3). Déjà auteur d’un triplé la semaine précédente face à Palerme, il termine sa saison par huit buts lors de ses cinq derniers matchs, avec, sur cette période, une moyenne d’un but toutes les 49 minutes. Son histoire avec le club romain se termine en eau de boudin : lors de l’avant-dernière journée, face à l’Inter, il est fauché dans la surface par Gary Medel. Pénalty ? Non, carton jaune pour simulation, le deuxième de sa soirée, et donc rouge. Sa dernière apparition officielle avec le maillot biancoceleste, avant un été plus que mouvementé. À l’AS Monaco, désormais, de polir le diamant tout en gérant ses humeurs. Mais ça, pas de soucis, Leonardo Jardim sait faire.

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