L’élimination du Mali en quarts de finale de la CAN 2025 face au Sénégal dépasse largement le cadre sportif. Derrière le résultat sur le terrain, c’est tout l’édifice du football malien qui semble vaciller. La crise, latente depuis plusieurs mois, voire plusieurs années au sein de la Fédération malienne de football (Femafoot), a désormais éclaté au grand jour. Ses répercussions dépassent le simple résultat d’un match : elles rendent désormais incontournable une refondation profonde, tant sur le plan administratif que sportif, pour tenter de remettre le football malien sur de bons rails.

Président de la Fédération malienne de football (Femafoot) depuis 2019, Mamoutou Touré, surnommé « Bavieux », voit son mandat toucher à sa fin de facto. Mardi soir, treize des dix-neuf membres du comité exécutif ont présenté leur démission, provoquant un véritable séisme institutionnel. Cette vague de départs paralyse totalement l’instance dirigeante et rend impossible toute continuité du bureau actuel.
Selon le journaliste Djakaridja Berthé, le ministère malien des Sports aurait exercé une pression significative en coulisses pour provoquer ces démissions, tout en veillant à éviter une ingérence frontale qui aurait pu entraîner des sanctions de la CAF ou de la FIFA. Une situation qui illustre la gravité de la crise et l’urgence d’une réorganisation profonde au sommet du football malien.
Un vide juridique qui complique la transition
La situation est d’autant plus complexe que les statuts de la Femafoot ont évolué récemment. Les textes de 2021 prévoyaient une dissolution automatique du bureau en cas de démissions massives. Mais la révision de mars 2025 a supprimé cette disposition, imposant désormais la convocation obligatoire d’une assemblée générale extraordinaire (AGE), conformément à l’article 38.10.
Le résultat est clair : le bureau est politiquement mort, mais juridiquement toujours en fonction. Dans ce contexte, seule une AGE apparaît comme la voie légitime pour gérer la crise, mettre en place une transition crédible et redonner une légitimité institutionnelle au football malien.
La chute de Bavieux Touré actée en interne
Comme l’a souligné le journaliste Romain Molina, le conflit entre la Femafoot et le ministère des Sports est ancien et devenu « invivable ». À cela s’ajoute le passif judiciaire de Mamoutou Touré, incarcéré pendant 622 jours en attente de son procès pour détournement présumé de fonds publics, avant sa libération en avril dernier. Réélu en 2023 alors qu’il était encore en prison, il incarnait déjà une gouvernance profondément contestée.
Un paradoxe sportif
Malgré cette instabilité, le football malien conserve un vivier de talents exceptionnel. Des générations prometteuses se succèdent, mais la sélection A peine parvient-elle à franchir un cap décisif. Il y a encore un an, les joueurs étaient en conflit ouvert avec leur fédération. La CAN 2025, malgré un quart de finale atteint face au Sénégal, n’a fait que confirmer un malaise structurel profond.
Une opportunité de repartir sur de nouvelles bases
Cette crise pourrait toutefois devenir une occasion historique de reconstruction. « Brûler la maison pour mieux reconstruire » : voilà peut-être la philosophie à adopter pour redonner au football malien une gouvernance stable, transparente et ambitieuse, à la hauteur de son potentiel. Après des années de chaos, la révolution tant attendue semble enfin lancée. La question reste désormais : ira-t-elle jusqu’au bout, et qui la conduira ?

