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CAN tous les 4 ans ? Les avantages et inconvénients d’un débat qui divise

« La CAN génère vingt fois moins que l’Euro. Je propose d’organiser la Coupe d’Afrique des Nations tous les quatre ans plutôt que deux ans pour la rendre plus commercialement viable et attrayante au niveau mondial ». Cette proposition du Président de la FIFA, Gianni Infantino, a divisé une partie des sportifs africains.

Si certains, comme Didier Drogba, sont d’accord, d’autres, comme Samuel Eto’o ou encore El Hadji Diouf, sont contre. Pour mieux vous faire comprendre ce débat et vous aider à y voire plus clair, la Rédaction d’AfriqueSports se penche sur la question pour vous livrer les avantages des deux possibilités qui s’offrent à l’Afrique. Dans cette Rubrique de « Débat de la semaine », deux journalistes, à savoir Carinos Chanhoun et Sobour Magadji, confrontent leurs idées.

Carinos Chanhoun : «La CAN chaque 4 ans avantage toutes les parties concernées»

Le premier à se lancer est Carinos. Pour lui, pas de doute, une CAN à chaque 4ans va révolutionner la compétition et permettra une meilleure rentabilité. « Gianni Infantino invente la nécessité de rendre la CAN plus viable commercialement et attrayante d’où cette idée de jouer la CAN tous les 4 ans. Elle paraît farfelue pour beaucoup mais personnellement, je pense qu’il s’agit d’une brillante idée. Non seulement, la CAN se fera plus désirée chaque 4 ans par sa rareté, mais avantage toutes les parties concernées. 

D’abord, organiser la Coupe d’Afrique chaque 4 ans est plus rentable pour la CAF. Une petite comparaison : la CAN chaque 2 ans c’est 45 à 50 millions de dollars sur une édition alors que l’Euro 2016 en France a été évaluée à 1,93 milliard d’euros de chiffre d’affaires pour l’UEFA. C’est une différence énorme. Alors une rareté de la CAN s’impose. A chaque 4 ans, on pourrait s’attendre à ce qu’il y ait une augmentation assez importante des revenus et du chiffre d’affaires de la compétition.

Ensuite, cela permettra à la CAF et aux pays organisateurs de mieux préparer la compétition. Faut-il encore rappeler que depuis quelques années, cette compétition perd sa valeur avec le faux-bond de certains pays hôtes qui obligent l’instance à élaborer un plan B. Conséquences, la compétition se joue sur des pelouses pourries, dans des stades vides et honnêtement, ça perd sa saveur.

Il est aussi important d’aider les clubs Européens qui comptent énormément sur leurs joueurs africains. Avant l’édition 2017, la CAN se jouait en hiver. Ça n’arrange pas les affaires des clubs ni des joueurs eux-mêmes. Prenez le cas de Liverpool par exemple et imaginez les absences de Salah, Mané, Keita et Matip au même moment entre Janvier et Février. C’est aussi un poison pour certains joueurs africains qui finissent par perdre leur place de titulaire à leur retour au club.

Ça joue également sur le rendement physique des joueurs qui finissent par subir des blessures dues à la fatigue musculaire. C’est le cas typique de Sadio Mané qui n’a plus de vacance depuis 3 ans. Il enchaîne 2 finales de ligue des champions en 2 ans, joue la Coupe du monde en 2018 et la CAN en 2019 et sans repos, enchaîne avec la pré-saison de Liverpool.

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Pour finir, la CAN à chaque 4 ans, permettra aux « petites » équipes du continent de se donner une chance de qualification. Sinon, les éliminatoires se jouaient chaque année en Afrique et sauf quelques exceptions, on ne retrouve que les mêmes à la phase finale de la CAN. Car, ces nations (Nigérian, Côte d’Ivoire, Cameroun, Égypte etc..) ont un réservoir de joueurs pour faire face aux qualif’. On enchaîne les matchs qualificatifs pour rester dans le temps afin d’honorer la CAN tous les 2 ans. Normal que les petites équipes auront des difficultés à se qualifier. Alors, je vote pour une CAN toutes les 4 ans à condition que celle-ci ne se déroule pas à une année où se tienne une autre compétition majeure comme la Coupe du Monde ou l’Euro. Comme ça la CAN deviendra le grande événement majeur de l’année en question« , termine-t-il.

Sobour Magadji : « Je dis un grand NON à la CAN tous les quatre ans »

Contrairement à Carinos et à l’instar de Samuel Eto’o, le journaliste Sobour Magadji soutient une CAN tous les deux ans. Pour lui, la CAF doit être souveraine. « La brillante idée selon Infantino ne passe pas personnellement chez moi, pourquoi ?

D’abord, je pense qu’il y a une sonnette d’alarme qu’il faut tirer. Nous ne devons pas être spectateurs de tout ce qui viendra de la FIFA. Qu’on se souvienne, la CAN Cameroun 2021, initialement prévue en été, a été reportée en hiver. Un changement de date qui n’a rien d’anodin, tout simplement parce-que la FIFA a prévu d’organiser une Coupe du monde des clubs prévue en juin 2021. Ce que je veux dire, c’est qu’il faut que la CAF reprenne sa souveraineté.

Ensuite, concernant le manque d’infrastructures relevées par la FIFA, personnellement, une CAN tous les deux ans ne doit pas empêcher les autorités sportives des pays africains de faire leur travail puisqu’une CAN ne s’organise pas sur 20 pelouses. mais sur 6. Il revient juste à la CAF d’organiser la compétition dans des pays disposant d’infrastructures adéquates et de proposer des co-organisations.

De plus, dans un continent sous-développé comme l’Afrique, la CAN permet de donner un coup de boost économique tous les deux ans à chaque pays organisateur. Et, il faut le rappeler, organiser la CAN permet à des nations de se doter d’infrastructures adéquates pour le développement du sport au niveau local. Donc une CAN tous les deux ans est comme un facteur de développement dans un continent qui souffre. Ensuite, le côté financier évoqué par la FIFA ne doit en aucun faire oublier le côté fédérateur du football sur le continent africain.

Donc, Mr Infantino, LAISSEZ-NOUS NOTRE CAN ! », s’exclame le journaliste.

 

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One thought on “CAN tous les 4 ans ? Les avantages et inconvénients d’un débat qui divise

  1. Proposition du Président de la FIFA
    L’Afrique doit éviter d’être encore le dindon de la farce
    La proposition du président de la FIFA, Gianni Infantino, de faire jouer la CAN tous les quatre (4) ans et qui fait suite à la décision de la CAF d’organiser la compétition au mois de janvier 2021, au Cameroun, suscite beaucoup de controverses dans le milieu du football. Les avis sont partagés voire radicalement opposés aussi bien chez les footballeurs que chez les amateurs. Chacun y va de son commentaire liant la proposition du patron du football mondial à l’option de l’équipe de Ahmad Ahmad de ramener la coupe d’Afrique des nations au mois de janvier. Une période jugée plus favorable aux compétitions africaines. L’Afrique étant le continent le plus chaud et le plus pluvieux en été (hivernage), il va sans dire qu’une compétition durant la période la moins chaude serait du pain béni pour le spectacle. La dernière CAN qui s’est déroulée en Egypte, pays pourtant relativement clément par son climat, suffit pour démontrer aux Africains la pertinence de l’option de déplacer la CAN au mois de janvier. Quand on voit comment les matches ont été hachés avec quatre mi-temps au lieu de deux pour faire reposer les joueurs, on se rend compte des difficultés à faire jouer les équipes sous la canicule de l’été. Si l’on y ajoute la pluie voire les orages qui constituent des menaces pour les joueurs et le public, on mesure les risques que la CAF fait encourir au football africain dans sa globalité.
    La proposition de Gianni Infantino ne serait donc pas si saugrenue que cela si c’est pour permettre aux compétions africaines de se dérouler au mois de janvier, période la plus favorable aux joueurs et au public. Mais le préalable à l’acceptation d’une telle proposition est la libération sans condition des joueurs évoluant en Europe, quel que soit leur degré d’implication dans les performances de leurs clubs respectifs. Cette clause doit être formellement établie pour que les joueurs qui monnayent leurs talents en Europe puissent répondre à l’appel de leur équipe nationale. Si sur ce plan des efforts ont été faits par la FIFA, il faut veiller à ce que cette disposition n’entrave le recrutement des joueurs africains dans les grands clubs européens. Lesquels se doivent de recruter les joueurs sans discrimination en fonction de leur valeur et de leur niveau et non en fonction de leur origine. Sur cette question, la CAF a un énorme défi à relever si l’on en juge par certaines réactions d’entraineurs européens comme Jurgen Klopp et par les appréhensions de certains joueurs africains évoluant en Angleterre.
    C’est dire que tout dépendra de la capacité de négociation de la CAF dans cette épreuve de forces qui ne manquera pas d’être engagée entre l’instance dirigeante du football africain et son homologue européenne. Si les Européens veulent bien connaitre le football africain, il leur faudra lui réserver une place dans l’agenda du football mondial. Et le meilleur service à rendre au football africain, c’est de lui permettre d’organiser la CAN en janvier.
    Quid de la périodicité ? Certes les avis sont divergents sur cette proposition qui, à mon sens mérite réflexion sur les enjeux, les motivations et les finalités. En tant qu’observateur de la scène africaine, je ne suis pas à priori contre cette idée d’une CAN tous les quatre (4) ans.
    Si je considère que la CAN ne réunit, pour l’essentiel, que les joueurs évoluant en Europe qui ne viennent en Afrique que pour cette compétition, force est de reconnaitre que l’Afrique ne perd rien au change. Les mêmes footballeurs sont appréciés à travers les compétitions en Europe et sont sélectionnés sur la base de leurs performances en club.
    Deux grandes compétitions en alternance
    Si une CAN tous les quatre ans permet de motiver davantage les compétitions africaines (le championnat d’Afrique des Nations(CHAN) et les compétitions des clubs africains, je souscris également à cette proposition qui pourrait valoriser davantage le joueur encore resté sur le continent. Les jeunes talents qui évoluent dans les compétitions africaines ont besoin d’être découverts pour promouvoir leur valeur marchande. Ils ne peuvent le faire que par le biais des compétitions africaines qui, au-delà des deux compétitions majeures que j’ai citées, doivent bénéficier d’autres opportunités au niveau des petites et moyennes catégories. La détection des talents passe par ce créneau qui va inciter les fédérations à mieux organiser le football local. Le Sénégal qui n’arrive plus à passer le premier des compétitions de clubs devra sans doute faire des efforts dans ce sens pour être plus compétitif. L’Afrique, en valorisant le CHAN tous les deux ans, aurait alors la possibilité d’organiser deux grandes compétitions (CHAN et CAN) en alternance, ce qui lui permettrait de mieux se positionner dans l’agenda mondial.
    C’est dire, en conclusion, qu’une CAN tous les quatre ans suppose des réformes majeures dans le football continental et des restructurations fondamentales dans l’organisation des compétitions à l’intérieur de chaque pays. Chacun devrait se réajuster pour s’adapter au nouveau contexte en valorisant ses ressources internes. Une équipe nationale doit d’abord refléter le niveau du football local et le niveau de compétitivité des clubs locaux (CHAN et Clubs).
    Si la proposition du président de la FIFA est perçue sous cet angle, elle ne doit pas être rejetée par simple réaction épidermique, sans argument. Elle doit être discutée, négociée, argumentée par l’ensemble des acteurs du football pour que demain, l’Afrique ne se considère pas encore comme le dindon de la farce.
    Mamadou Kassé
    [email protected]

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