Pape Thiaw s’apprête à aligner un onze de départ XXL face au Maroc pour ce qui s’annonce comme l’une des plus belles affiches de finale de la Coupe d’Afrique des Nations de ces dernières années. Déterminé à frapper fort dès l’entame, le sélectionneur sénégalais entend miser sur un équilibre entre cadres expérimentés et sang neuf. Dans cette optique, le technicien des Lions de la Teranga devrait accorder sa confiance à l’un de ses jeunes prospects, dont les performances et l’état d’esprit ont convaincu le staff technique. Un choix audacieux, symbole de l’ambition sénégalaise et de la volonté de surprendre le Maroc dans un rendez-vous au sommet du football africain.
À seulement 20 ans, Mamadou Sarr s’apprête peut-être à vivre un basculement de destin. De remplaçant discret, le jeune défenseur pourrait devenir l’un des visages de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025. Auteur d’une entrée en jeu jugée unanimement « monstrueuse » en demi-finale, le défenseur du RC Strasbourg apparaît désormais comme le choix le plus crédible pour combler l’absence du capitaine Kalidou Koulibaly. Une ascension fulgurante, qui ressemble à un passage de témoin historique.

Propulsé dans le grand bain lors de la demi-finale face à l’Égypte, après l’expulsion de Koulibaly, Mamadou Sarr n’avait que 23 minutes pour convaincre. Vingt-trois minutes durant lesquelles tout un peuple a retenu son souffle. Le vide laissé par le « ministre de la Défense » semblait immense, presque insurmontable.
Et pourtant, c’est un jeune homme au visage juvénile, mais au gabarit impressionnant (1m94), qui a répondu présent. Sans échauffement, sans trembler, le défenseur prêté par Chelsea au RC Strasbourg s’est avancé dans l’arène avec un calme presque irréel. Face aux Pharaons, il a livré une prestation d’une propreté clinique, défiant la pression là où même des vétérans auraient pu vaciller.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et frappent les esprits : 57 passes tentées, 57 réussies, soit 100 % de précision, dont 16 passes dans le camp adverse. À ce niveau de compétition, ce n’est plus une simple bonne entrée en jeu. C’est une démonstration. Une véritable masterclass.
L’admiration des cadres
Dans le vestiaire, la surprise a rapidement laissé place à l’admiration. Moussa Niakhaté, son partenaire en charnière ce soir-là, n’a pas caché son émotion :
« Entrer en demi-finale de CAN à 20 ans, pour sa troisième sélection, et jouer comme ça… c’est magnifique. Il a fait un match monstrueux. C’est mon frère. »

Cette prestation redistribue totalement les cartes à l’approche de la finale. Alors qu’Abdoulaye Seck, plus expérimenté mais en manque de rythme, semblait tenir la corde, la vague Mamadou Sarr a tout emporté sur son passage.
Sa capacité à casser les lignes balle au pied, sa vitesse de couverture et son calme olympien font de lui un profil parfaitement adapté pour contenir la vivacité et la mobilité des attaquants marocains.
Un héritage à honorer
Au-delà de l’aspect sportif, l’histoire de Mamadou Sarr touche à l’intime. Fils de Pape Sarr, infatigable milieu des Lions de la génération 2002, le jeune défenseur est en passe de refermer une blessure familiale vieille de 24 ans. Son père avait manqué la finale de la CAN 2002 à Bamako, perdue face au Cameroun, en raison d’une blessure cruelle.
Aujourd’hui, Mamadou, ancien international Espoirs français devenu Lion de la Teranga en novembre dernier, a l’opportunité de ramener l’or que son père n’avait pu toucher.
Fidèle à son tempérament, il reste humble :
« Je me prépare. Si c’est moi, j’espère être prêt. Si c’est un autre, j’espère qu’il le sera aussi. »
Un profil taillé pour Rabat
Face au pressing haut que le Maroc pourrait imposer à domicile, Mamadou Sarr offre au Sénégal des garanties précieuses : relance propre, puissance aérienne, lecture du jeu et présence dissuasive sur coups de pied arrêtés. Mais surtout, il apporte cette insouciance si rare dans les grands rendez-vous. Là où la pression de Rabat pourrait paralyser certains, lui semble jouer avec la liberté de ceux qui n’ont rien à perdre.
Dimanche soir, dans l’enfer du stade Moulay Abdellah, Mamadou Sarr ne sera plus seulement « le fils de Pape Sarr » ou « le jeune Strasbourgeois ».
Il sera le dernier rempart d’un peuple.
Et peut-être, le symbole d’une deuxième étoile tant espérée.
La naissance d’un nouveau patron se joue souvent dans ces instants suspendus où l’histoire accélère. Mamadou Sarr y est peut-être déjà. Car au sommet, le sang ne ment jamais.

