À la suite des polémiques qui ont éclaté après la finale de la Coupe d’Afrique des Nations et des propos du président de la FIFA dénonçant des comportements « inacceptables », Me Moustapha Kamara, avocat au barreau de Marseille et expert en droit du sport, est intervenu pour clarifier les règles de la Confédération africaine de football (CAF). Selon lui, il n’existe actuellement aucune base juridique susceptible de remettre en cause la victoire du Sénégal, même si des sanctions disciplinaires restent envisageables.
Dans son analyse, Me Moustapha Kamara commence par saluer le parcours exemplaire de l’équipe nationale ainsi que l’engagement de tous les acteurs ayant contribué à ce sacre continental.
« Je profite de cette occasion pour féliciter l’ensemble de la presse sportive sénégalaise, l’État du Sénégal, le ministère, la fédération, le staff technique, le sélectionneur et tous les joueurs, qui nous ont offert le grand plaisir de décrocher cette deuxième étoile, ce second trophée, malgré de grandes difficultés. Cela fait honneur à notre beau pays », a-t-il déclaré.

Abordant les incidents survenus pendant et après la finale, l’avocat rappelle le flot de rumeurs et les déclarations du président de la FIFA sur des comportements « inacceptables » de certains acteurs.
« Il y a eu beaucoup de rumeurs et d’incidents suite aux événements survenus pendant et après le match, avec les déclarations du président de la FIFA concernant des comportements inacceptables de certains joueurs et du sélectionneur du Sénégal », souligne-t-il.
Sur le plan réglementaire, Me Kamara précise que les textes de la CAF prévoient des sanctions strictes dans des situations clairement définies.
« Le règlement est très précis : si, pendant un match, certains joueurs quittent le terrain sans l’autorisation de l’arbitre, des sanctions peuvent être appliquées, allant jusqu’au forfait. Les articles 64 et 82 de la CAF, ainsi que l’article 148, prévoient diverses mesures disciplinaires, comme des amendes, des suspensions, des interdictions de match ou de stade. C’est un véritable chapelet de sanctions prévues par les textes. »
Cependant, il insiste sur une condition essentielle à l’application de ces sanctions.
« Pour que ces mesures puissent être appliquées, il faut que l’arbitre ait constaté lui-même les fautes des joueurs ou du staff technique. Or, ici, l’arbitre ne les a pas constatées, et les dirigeants marocains n’en ont pas non plus fait état. »
Dans ce contexte, l’avocat estime que le résultat sportif est irréversible.
« Aujourd’hui, même si des sanctions disciplinaires peuvent être envisagées, le score de 1-0 est déjà acquis et acté. Le trophée et la deuxième étoile resteront donc au Sénégal. »
Il précise néanmoins que des sanctions restent possibles après l’examen des images par les instances compétentes.
« Les instances vont analyser les vidéos pour déterminer si des fautes ont été commises par des dirigeants sénégalais, le staff technique ou des joueurs, afin de décider d’éventuelles sanctions disciplinaires, telles que suspensions, interdictions de match ou amendes. »
Quant à la suite de la procédure, Me Kamara indique que la défense sénégalaise devra attendre les décisions officielles avant de réagir.
« Il faut attendre la notification officielle des décisions et des mesures disciplinaires. Une fois celles-ci communiquées aux joueurs, au sélectionneur ou à certains dirigeants, et motivées par la commission de discipline, la fédération et les personnes sanctionnées pourront formuler leurs arguments et mettre en place une stratégie de défense. »
Il rappelle également les voies de recours prévues par le règlement.
« Les parties disposent de la possibilité de saisir la commission d’appel de la CAF, voire le Tribunal arbitral du sport (TAS), pour contester les décisions. »

Enfin, l’avocat évoque des précédents similaires dans l’histoire des compétitions africaines et appelle à une appréciation du contexte global.
« Il existe des précédents et une jurisprudence concernant des faits analogues lors de finales. Ce n’est pas la première fois, et ce ne sera probablement pas la dernière, car le football est une passion, et des débordements peuvent survenir. »
Selon lui, plusieurs facteurs devront être pris en compte par les instances disciplinaires, notamment le profil du sélectionneur et la tension qui entourait la finale.
« L’essentiel, c’est que la personne principalement désignée comme responsable de l’arrêt — le sélectionneur sénégalais — est quelqu’un de connu, sans antécédent disciplinaire. Il faut également considérer la forte pression émotionnelle de cette finale, ainsi que les injustices dénoncées depuis quarante-huit heures avant le match, et relevées par le secrétaire général de la Fédération sénégalaise de football. Je pense que les instances tiendront compte de l’ensemble de ce contexte, de la tension liée à la finale et de l’absence de précédents disciplinaires. »

