Alors que la CAF se projette déjà vers l’horizon 2027, la perspective d’une CAN 2028 sans pays hôte officiellement désigné suscite de vives inquiétudes. Les défis qui se profilent, qu’ils soient politiques, financiers ou logistiques, s’annoncent considérables pour l’instance continentale.
La CAN 2025 devait être une véritable vitrine du savoir-faire marocain et, jusque-là, elle l’a été. Stades modernes, organisation fluide, engouement populaire et niveau sportif élevé… le Royaume semblait avoir presque réalisé un sans-faute. Mais la finale entre le Sénégal et le Maroc a tout bouleversé. Décisions arbitrales jugées scandaleuses, intervention de la VAR au pire moment, penalty très contesté, sortie temporaire des joueurs sénégalais de la pelouse, supporters en furie envahissant terrain et tribunes, stadiers gravement blessés, jets de chaises… autant de scènes de chaos rarement observées à ce niveau international. Même en conférence de presse, le sélectionneur sénégalais Pape Thiaw a été hué, symbole d’une tension généralisée. La victoire finale du Sénégal est ainsi presque passée au second plan, éclipsée par une conclusion de tournoi chaotique qui a laissé une trace durable et terni une CAN jusque-là réussie.

Les conséquences de la finale chaotique de la CAN 2025 pourraient être lourdes. La CAF examine déjà plusieurs dossiers disciplinaires, pouvant aller de sanctions individuelles pour certains joueurs ou membres du staff, à des amendes pour les fédérations, voire des matchs à huis clos dans le futur. Si aucune disqualification immédiate n’a été prononcée, l’après-CAN s’annonce agité, avec déjà plusieurs communiqués publiés.
Pendant ce temps, le continent regarde vers l’avenir. La CAN 2027 a été confiée au trio Kenya-Ouganda-Tanzanie, sous le label Pamoja. Les travaux avancent, parfois dans la douleur, mais les investissements sont colossaux et la volonté politique réelle. En revanche, un problème subsiste pour l’édition 2028 : aucun pays hôte n’a encore été officiellement désigné, ce qui suscite déjà de fortes inquiétudes.
Deux candidatures déjà enregistrées
Organiser une Coupe d’Afrique des Nations reste un défi immense pour tout pays africain. Il ne s’agit pas seulement de stades, mais d’un écosystème complet : infrastructures de transport, aéroports, routes, hôtels, hôpitaux, sécurité, centres d’entraînement, restauration, connectivité, sans oublier la capacité financière à absorber les coûts.
Plusieurs candidatures ont déjà été déposées ou annoncées. L’Éthiopie propose un dossier ambitieux pour 2028, promettant la construction de six stades malgré l’absence actuelle d’enceintes homologuées par la CAF, un pari risqué mais porteur d’espoir. Une candidature conjointe Botswana-Namibie-Afrique du Sud a également émergé, s’appuyant sur l’expérience sud-africaine, mais soulevant la question de l’équilibre logistique entre pays aux infrastructures très disparates. D’autres pistes existent : l’Égypte pourrait soumettre un dossier, forte de son expérience et de ses installations, tandis que l’Angola, hôte en 2010, a également manifesté son intérêt. Le Maroc, malgré la réussite globale de la CAN 2025, pourrait envisager 2028 comme répétition générale avant le Mondial 2030, mais les récentes polémiques pourraient peser dans la balance.

Une équation complexe pour la CAF
En parallèle, la CAF continue de naviguer dans des zones de turbulences internes, entre luttes d’influence, arbitrages politiques et ingérences institutionnelles. Plusieurs candidatures ont été évoquées puis abandonnées ces dernières années, comme celles de la Guinée ou du Sénégal, qui ont dû renoncer faute d’infrastructures suffisantes ou de garanties financières solides.
À ce stade, la CAN 2028 apparaît comme une équation à multiples inconnues. Trouver un pays ou un consortium capable de répondre aux exigences financières, logistiques et sécuritaires, tout en restaurer la crédibilité d’une compétition fragilisée par les scènes de chaos de 2025, sera un défi majeur pour la CAF. La réussite annoncée de la CAN 2027 en Afrique de l’Est pourrait servir de modèle, grâce à la coopération régionale et à la mutualisation des ressources. Mais pour 2028, le temps presse : après une CAN 2025 conclue dans la controverse, la moindre erreur pourrait coûter cher à une institution déjà sous forte pression.

