Pape Thiaw s’apprête à dégainer un onze de départ XXL face au Maroc, pour ce qui s’annonce comme l’une des finales de Coupe d’Afrique des Nations les plus prestigieuses de ces dernières années. Pour ce rendez-vous historique, le sélectionneur sénégalais pourrait faire un pari aussi audacieux que symbolique : faire confiance à l’un de ses plus jeunes talents.
À seulement 20 ans, Mamadou Sarr est en passe de passer de remplaçant discret à potentiel héros national. Étincelant lors de la demi-finale, le défenseur s’impose aujourd’hui comme le successeur naturel du capitaine Kalidou Koulibaly, suspendu pour la finale. Une ascension fulgurante, presque irréelle, qui évoque un passage de témoin générationnel.

Une entrée qui a tout changé
Face à l’Égypte, en demi-finale, tout a basculé à la 67e minute. L’expulsion de Koulibaly a plongé le Sénégal dans l’inquiétude. Le vide laissé par le « ministre de la Défense » paraissait immense. C’est alors qu’un jeune défenseur au visage juvénile mais au gabarit impressionnant (1m94) s’est avancé, sans échauffement, pour entrer dans l’arène.
Prêté par Chelsea au RC Strasbourg, Mamadou Sarr a livré une prestation d’une maturité sidérante. Sous pression maximale, là où même des cadres auraient pu vaciller, il a affiché un calme souverain et une propreté technique rare à ce niveau.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 57 passes tentées, 57 réussies, soit 100 % de précision, dont 16 dans le camp adverse. Plus qu’un bon match, une démonstration. Une véritable masterclass.
L’adhésion totale du vestiaire
Dans les coulisses, l’étonnement a rapidement laissé place à l’admiration. Son partenaire de charnière, Moussa Niakhaté, résume l’état d’esprit général :
« Entrer en demi-finale de CAN à 20 ans, pour sa troisième sélection, et jouer comme ça… c’est magnifique. Il a fait un match monstrueux. C’est mon frère. »
Cette performance redistribue totalement les cartes avant la finale. Abdoulaye Seck, plus expérimenté mais en manque de rythme dans ce tournoi, semblait tenir la corde. Mais la montée en puissance de Sarr a balayé toute hiérarchie établie.

Un héritage à réparer
Au-delà du terrain, l’histoire est encore plus forte. Mamadou Sarr est le fils de Pape Sarr, pilier des Lions de 2002. Son père avait manqué la finale de la CAN à Bamako, perdue face au Cameroun, en raison d’une blessure. Vingt-quatre ans plus tard, le fils a l’opportunité de refermer cette plaie familiale.
Ancien espoir français devenu Lion de la Teranga en novembre dernier, Mamadou Sarr incarne aujourd’hui l’espoir d’une deuxième étoile pour le Sénégal.
Avec humilité, il temporise :
« Je me prépare. Si c’est moi, j’espère être prêt. Si c’est un autre, j’espère qu’il le sera aussi. »
Un profil taillé pour Rabat
Face au pressing intense que le Maroc pourrait imposer, notamment au Stade Moulay Abdellah, le profil de Sarr apporte des garanties précieuses : relance propre, vitesse de couverture, puissance aérienne et sérénité mentale. Il offre aussi quelque chose d’inestimable dans ce type de rendez-vous : l’insouciance.
Dimanche, dans l’enfer de Rabat, Mamadou Sarr ne sera plus « le fils de » ni « le jeune Strasbourgeois ». Il sera peut-être le dernier rempart d’une nation entière, lancée à la conquête de l’or continental.
La naissance d’un nouveau patron se joue parfois en une finale. Et comme le dit l’adage : bon sang ne saurait mentir.

