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Chroniques

Juventus 1-4 Real Madrid : l’analyse tactique

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Et de douze ! Le Real Madrid a décroché ce week-end sa douzième Ligue des Champions. Encore plus fort, il a ainsi réalisé le premier back-to-back de la compétition depuis le Milan AC d’Arrigo Sacchi en 1989 et 1990.

Après une première mi-temps accrochée, qui a vu les deux équipes se neutraliser, les Madrilènes ont provoqué le destin en se montrant plus entreprenants au retour des vestiaires. Le but heureux de Casemiro (61e) est venu récompenser cette domination territoriale, assommant une Juve qui n’a pas réussi à se remettre de ce temps faible.

Les compos :

Aucune surprise n’était à signaler à la découverte des compositions d’équipes. Le Real Madrid et la Juventus se sont présentés sur la pelouse de Cardiff avec leurs onze-types du moment : les Espagnols en 4-4-2 losange, les Italiens en 4-4-2 à plat.

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Une première mi-temps fermée : 

Tout au long de cette campagne européenne, Max Allegri et Zinedine Zidane ont prouvé qu’ils étaient capables de faire déjouer leurs adversaires. Les plans de jeu des deux équipes étant connus et les compositions ne comportant aucune surprise, il n’était pas étonnant d’assister à une première mi-temps assez pauvre en terme d’occasions.

Comme le montre le graphique ci-dessous (évolution des xG au fil de la rencontre), cette finale est restée très fermée jusqu’au 2ème but madrilène (Casemiro, 61e). Avant ça, aucune grosse occasion à signaler, la faute à deux équipes très bien organisées pour neutraliser leur adversaire sur attaque placée.

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Il y a d’abord eu la Juve face au 4-4-2 losange madrilène. Aussi compacts que face au Barça, les Turinois ont su empêcher la bonne progression du Real au milieu de terrain.

Le 4-4-2 à plat d’Allegri a très bien quadrillé l’entrejeu, utilisant d’abord Dybala et Higuain pour effectuer le travail entre Casemiro, Modric et Kroos. Les deux hommes étaient ensuite aidés par l’activité de Mandzukic et Alves. Les deux excentrés mettaient une pression supplémentaire dans les half-spaces où aiment dézoner les deux créateurs madrilènes.

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Lorsqu’ils étaient amenés à sortir sur les latéraux, Pjanic et Khedira prenaient le relais. Derrière, la défense se chargeait de répondre en cas de solution proposée entre les lignes par un attaquant (Isco, Benzema ou Ronaldo).

Le Real Madrid a eu très vite besoin des décrochages d’Isco au-delà de la ligne de pression pour faciliter la circulation du ballon au milieu de terrain. L’Espagnol a offert des solutions entre Pjanic et Khedira et contribué à faire reculer le bloc italien.

Ce n’était toutefois qu’une avancée de quelques mètres. Le problème restait en effet entier au moment de trouver les attaquants. Benzema et Ronaldo étaient très isolés dans la défense turinoise et donc faciles à contrôler pour Barzagli, Chiellini ou Bonucci.

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Cette situation permet en partie d’expliquer le match très compliqué de Benzema. A chaque fois qu’il était servi, le Français était serré de près et quasiment condamné à l’exploit (comme face à l’Atletico où il avait fini par faire la différence seul contre 3 joueurs).

Il a fallu attendre un quart d’heure pour voir le jeu s’ouvrir légèrement dans le camp turinois, notamment grâce aux appels en profondeur des attaquants dans le dos de Barzagli (appels répétés de manière plus systématique après la pause). Dès qu’ils avaient de l’espace, les Madrilènes cherchaient la largeur et leurs latéraux (Carvajal seul ou Marcelo avec le soutien de Benzema). Au final, quelques centres mais très peu de décalages ou de pénétrations.

Ci-dessous, les passes dans le derniers tiers du Real Madrid en première mi-temps. Seulement trois ont été tentées vers et dans la surface de réparation. Les deux réussies ont amené l’ouverture du score de Ronaldo (20e). Impossible de faire plus efficace…

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Dans l’autre camp, le Real s’est attaché à couper la relation entre la relance turinoise et les attaquants, souvent utilisés par la Juve en tant que points d’appui dos au jeu. Il s’agissait d’empêcher à tout pris l’accès à ces derniers, que ce soit Mandzukic ou Higuain au contact des défenseurs ou Dybala entre les lignes.

Le dernier cité a eu droit à un traitement de faveur de la part de Sergio Ramos, qui l’a chassé aux quatre coins du terrain. Le défenseur espagnol est même sorti plusieurs fois de la ligne défensive pour aller dans le camp turinois afin de bloquer La Joya.

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En début de match, la Juve est parvenue plusieurs fois à se défaire de cette pression grâce à des enchaînements de très haut niveau. Dès qu’elle déjouait ce pressing, elle envoyait le jeu sur l’aile gauche où Mandzukic et Alex Sandro ont pesé face à un Carvajal souvent esseulé, du fait de l’absence d’un véritable milieu excentré pour le protéger (Modric coulissait depuis l’axe mais était souvent en retard).

La Juve a ainsi été la première équipe dangereuse dans ce match (Higuain, 3e – Pjanic, 7e) sur des centres venus de la gauche. L’égalisation splendide de Mandzukic est aussi venue de cette zone, à partir d’une transversale de Bonucci vers Alex Sandro (27e).

Ci-dessous, les passes dans le dernier tiers de la Juve en première mi-temps, où l’on voit les nombreuses ouvertures vers le flanc gauche.

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Avantage madrilène sur les transitions :

Quand aucune solution ne se présente sur attaque placée, la différence peut venir des transitions. Samedi soir, dans ce secteur, la rencontre a très vite tourné en faveur du Real Madrid.

Dès la première minute, les Turinois se sont mis à la faute (sur Modric) pour ne pas se retrouver en déséquilibre après une perte de balle dans le camp madrilène. Un peu plus tard dans le match, c’est Dybala, coupable d’un mauvais contrôle au niveau de la ligne médiane, qui s’est retrouvé forcé de commettre une faute tactique sur Kroos pour l’empêcher de partir vers le but (12e).

En vérité, chaque perte de balle de la Juventus dans le camp madrilène déclenchait une bataille quasi-décisive pour la récupération, avec des Turinois souvent à la limite.

C’est précisément sur l’un de ces ballons que le Real a ouvert le score (Ronaldo, 20e). Au départ, une perte de balle de Dybala et Alves aux abords de la surface madrilène. Puis une remontée de balle de l’espace de Kroos, qui a déposé Pjanic et Khedira avant que les attaquants relaient l’attaque jusqu’à Carvajal, futur passeur décisif.

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Ce but aurait pu en cacher un autre quelques minutes plus tard : alors que la Juve ne parvenait pas à finir une autre action suite à un ballon gagné très haut par Alves (mauvaise passe de Dybala), le Real a eu l’occasion de placer un nouveau contre à 4 contre 4 face à la défense turinoise. L’action a finalement mal été négociée par Isco, coupable d’un mauvais contrôle à l’entrée de la surface (25e).

A l’inverse du Real, les Bianconeri se sont vite révélés impuissants dans le jeu de transition. A chaque fois, ils subissaient l’agressivité du Real à la perte (Casemiro, Modric) et souffraient de leur manque de vitesse et de profondeur au milieu et devant. A la décharge des Turinois, le seul joueur susceptible d’en apporter était sur le banc au coup d’envoi (Cuadrado).

Les quelques ballons intéressants récupérés ont ainsi été gâchés par des mauvais choix… ou récupérés par une défense centrale madrilène impériale dans les un-contre-un (tacles : 3/3 pour Varane, 4/4 pour Ramos).

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Quand le Real va chercher sa douzième Ligue des Champions :

Le fait que le Real Madrid n’ait pas été inquiété sur les transitions durant la première mi-temps explique sans doute son approche dès le coup d’envoi de la deuxième. Car au retour des vestiaires, les joueurs de Zidane se sont montrés beaucoup plus entreprenants dans le camp turinois.

En première ligne, Benzema est allé mettre la pression sur les défenseurs adverses. Kroos a lui aussi passé la seconde au milieu, sortant en pointe de celui-ci pour aller chercher Pjanic ou Khedira dans leurs zones de prédilection. Et comme la défense centrale est restée impériale dans les un-contre-un, les Madrilènes ont pris l’ascendant sur une Juve de plus en plus en difficulté pour ressortir.

Ci-dessous, on distingue assez clairement la disparition des joueurs axiaux de la Juve durant la deuxième mi-temps. Pjanic et Dybala ont notamment été beaucoup moins influents. Le Bosnien est ainsi passé de 51 ballons joués en 45 minutes en première mi-temps à… 10 en deuxième jusqu’à sa sortie (66e) !

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Les chiffres expliquant la domination madrilène ne s’arrêtaient pas au seul cas du milieu turinois. Sur le premier quart d’heure de la deuxième mi-temps, la possession en faveur du Real est passée de 54% à 61% et le pourcentage de passes réussies de la Juve a chuté de 83 à 70%. En terme de tirs, les Madrilènes ont passé un 5-0 à leurs adversaires après une première mi-temps terminée à 5-8 en faveur de la Juve.

Cette nouvelle domination territoriale du Real ne s’accompagnait toutefois pas d’un énorme danger sur les buts de Buffon. Certes, le Real a un peu plus insisté dans le dos de Barzagli (appels d’Isco ou Benzema) et Marcelo ou Carvajal ont pris plus d’initiatives balle au pied face à Alves ou Mandzukic. Mais au final, les tirs étaient tous déclenchés à l’extérieur de la surface italienne.

Ci-dessous, les ballons touchés par le Real entre la 45ème et la 62ème minute. La domination territoriale était plus évidente, mais les tirs étaient peu dangereux (sur le papier).

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Casemiro, le coup de grâce :

Il a fallu un petit coup de pouce pour que la rencontre bascule en faveur des violets : le tir de Casemiro dévié par Khedira, qui a fini sa course au ras du poteau de Buffon (2-1, 61e)… (mais c’est justement le genre de coups de pouce qui peut arriver lorsque vous maintenez l’adversaire dans son camp).

La Juve n’a même pas eu le temps de s’en remettre. Restant sur sa bonne dynamique, le Real a fait le break dans la foulée grâce à un ballon récupéré très haut par Modric, passeur ensuite pour Ronaldo (3-1, 64e). Le suspense vient de s’envoler.

Ci-dessous, le début des possessions du Real Madrid. Où l’on voit que ses plus grosses occasions sont directement venues des ballons récupérés dans les 30m adverses (uniquement dans la dernière demi-heure…).

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Une profondeur de banc inégalable :

Avec 2 buts de retard, la Juve ne pouvait même pas s’en remettre à son banc pour trouver un second souffle. Allegri a tenté de redynamiser son flanc droit en faisant le changement attendu avec l’entrée de Cuadrado à la place de Barzagli (66e), mais le mal était déjà fait.

Le banc de l’équipe italienne était de toute façon à des années-lumières de celui construit, année après année, par le club merengue. Il suffit de s’arrêter sur les changements de la 77ème minute : alors que Dybala cédait sa place à Lemina, Bale remplaçait Benzema côté Real. De quoi rappeler l’écart entre le Real et le reste du monde en terme de profondeur d’effectif.

A sens unique (et anecdotique sur le plan de l’opposition tactique), la dernière demi-heure a permis aux supporters madrilènes de profiter de la victoire alors que les joueurs ajoutaient un 4ème but grâce à Asensio sur un gros travail de Marcelo (90e).

Conclusion : 

Cette douzième Ligue des Champions du Real Madrid, et surtout la 3ème en 4 ans, est d’abord le produit d’un travail au long cours. Le Real a construit son effectif sur plusieurs saisons et en récolte les fruits aujourd’hui, alors que plusieurs joueurs sont à l’apogée de leur carrière (ou s’y maintiennent en se réinventant…).

C’est aussi le fruit de toute une saison, portée par Zidane le manager. Le Français a su conserver son groupe frais pour les échéances du printemps, grâce à un turnover hyper-efficace qui a en plus impliqué tout le monde.

Enfin, c’est le succès d’un soir face à une Juventus courageuse mais limitée par son manque de percussion en attaque. L’organisation madrilène a exposé les points faibles des Turinois pour ce niveau (Pjanic-Khedira, manque de vitesse de Higuain, Alves trop seul côté droit), tout en éteignant complètement Dybala.

Alors que cette équipe du Real rentre dans l’histoire par ses résultats exceptionnels, une seule question se pose aujourd’hui : qui la fera tomber ou se posera -au moins- en concurrent direct dans les prochaines années ?

Source: www.chroniquestactiques.fr

Passionné de sports, je suis à l'affut de toutes informations sportives.

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