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Mondial 2026 : Hervé Renard peut-il ressusciter la Tunisie ?

Noyine Touré7 min de lecture
Mondial 2026 : Hervé Renard peut-il ressusciter la Tunisie ?

Qui aurait pu imaginer un tel rebondissement ? Humiliée par la Suède (5-1) lors de son premier match de la Coupe du monde 2026, la Tunisie a pris une décision aussi radicale qu’inattendue en se séparant de Sabri Lamouchi pour confier immédiatement les rênes de la sélection à Hervé Renard. Un changement de cap spectaculaire qui nourrit désormais un immense espoir chez les supporters tunisiens : celui de voir les Aigles de Carthage réaliser l’impensable et décrocher une qualification historique pour les 16es de finale.

Les changements de sélectionneur en pleine Coupe du monde sont extrêmement rares. Les voir intervenir après une seule rencontre le sont encore davantage. Mais face à l’ampleur du désastre contre la Suède, marqué par des erreurs défensives en série, un manque criant de réaction et une équipe totalement dépassée, les dirigeants tunisiens ont estimé qu’il n’y avait plus une minute à perdre.

Pour tenter d’éviter une élimination prématurée, ils ont choisi de faire appel à l’un des techniciens les plus réputés du continent africain. Double vainqueur de la CAN avec la Zambie puis la Côte d’Ivoire, ancien sélectionneur du Maroc, de l’Arabie saoudite et de l’équipe de France féminine, Hervé Renard s’est bâti une réputation de spécialiste des missions commando et des exploits inattendus.

Mondial 2026 : Hervé Renard peut-il ressusciter la Tunisie ?

Un groupe en plein doute

Au-delà de la lourde défaite concédée face à la Suède, c’est surtout la manière qui a provoqué une onde de choc au sein du football tunisien. Les dirigeants n’ont pas seulement vu une équipe battue ; ils ont observé une sélection totalement dépassée dans pratiquement tous les compartiments du jeu.

Les erreurs individuelles se sont enchaînées à un rythme inquiétant. Le gardien Abdelmouhib Chamakh a été directement impliqué sur les deux premiers buts suédois, mettant immédiatement son équipe dans une situation très compliquée. Même les joueurs les plus expérimentés n’ont pas été épargnés. Le capitaine Ellyes Skhiri, habituellement irréprochable sous le maillot des Aigles de Carthage, a vécu une soirée cauchemardesque, notamment lorsqu’une perte de balle évitable a permis au redoutable tandem Alexander Isak–Viktor Gyökeres de faire mouche.

Sur le plan défensif, la Tunisie a donné l’impression de vaciller à chaque offensive adverse. Les espaces étaient nombreux, les duels souvent perdus et la coordination entre les lignes quasiment inexistante. Chaque accélération suédoise semblait susceptible de déboucher sur une occasion franche. Offensivement, la situation n’était guère plus rassurante. Avec seulement 0,83 expected goal généré sur l’ensemble de la rencontre, les Tunisiens se sont montrés incapables de mettre réellement en danger leurs adversaires.

Mais au-delà des chiffres et des erreurs techniques, c’est l’état mental du groupe qui inquiète le plus. Quelques jours auparavant déjà, la Tunisie avait subi une sévère correction contre la Belgique en match de préparation (5-0). Résultat : dix buts encaissés lors des deux dernières sorties et une confiance collective sérieusement ébranlée. Les joueurs sont apparus fébriles, hésitants et parfois même résignés, comme si le doute s’était installé dans chaque secteur de l’équipe.

Lamouchi, un mandat qui n’a jamais trouvé son rythme

Dans ce contexte, le départ de Sabri Lamouchi apparaît presque comme une conséquence logique. Arrivé à la tête de la sélection après l’élimination en huitièmes de finale de la CAN, l’ancien international français n’a jamais réellement réussi à convaincre ni les supporters ni une partie de l’opinion publique tunisienne.

Dès sa nomination, plusieurs polémiques avaient accompagné son arrivée. Certains lui reprochaient encore son choix, lorsqu’il était joueur, d’avoir représenté la France plutôt que la Tunisie. D’autres s’interrogeaient sur la présence de son fils au sein de la délégation ou dénonçaient de possibles interventions de la Fédération dans certaines décisions sportives. Autant d’éléments qui ont créé un climat de méfiance avant même ses premiers matchs à la tête des Aigles de Carthage.

Pourtant, sur le plan sportif, le projet de Lamouchi n’était pas dénué de logique. Soucieux de préparer l’avenir, il avait entrepris un important renouvellement de l’effectif en tournant progressivement la page de plusieurs cadres historiques. L’objectif était de lancer un nouveau cycle et de construire une équipe capable de rivaliser sur le long terme.

Mais une Coupe du monde laisse rarement le temps aux projets de maturation. Les résultats immédiats sont souvent les seuls juges. Après la gifle reçue contre la Suède et au vu de la fragilité affichée par l’équipe, les dirigeants tunisiens ont estimé qu’un changement radical était nécessaire. C’est ainsi qu’Hervé Renard a été appelé à la rescousse avec une mission aussi simple à énoncer que difficile à accomplir : redonner confiance à un groupe meurtri et tenter de transformer une situation désespérée en exploit historique.

Hervé Renard face à un chantier bien plus profond qu’un simple changement d’entraîneur

L’arrivée d’Hervé Renard a immédiatement redonné une part d’espoir aux supporters tunisiens. Son expérience du très haut niveau international, sa connaissance du football africain et sa capacité reconnue à remobiliser des groupes en difficulté constituent des atouts précieux dans une situation d’urgence.

Mondial 2026 : Hervé Renard peut-il ressusciter la Tunisie ?

Le technicien français n’arrive pas avec un palmarès ordinaire. Double champion d’Afrique avec la Zambie en 2012 puis avec la Côte d’Ivoire en 2015, ancien sélectionneur du Maroc, de l’Arabie saoudite et de l’équipe de France féminine, il s’est forgé une réputation de spécialiste des missions délicates. Partout où il est passé, sa force a souvent résidé dans sa faculté à recréer rapidement une dynamique positive et à convaincre ses joueurs qu’aucune situation n’est irrémédiablement perdue.

Cependant, le défi qui l’attend aujourd’hui en Tunisie semble dépasser largement le simple cadre d’une préparation de Coupe du monde ratée. Car derrière la gifle reçue face à la Suède se cache une problématique plus profonde qui touche l’ensemble du football tunisien.

Pendant de nombreuses années, les Aigles de Carthage ont su rivaliser avec les meilleures sélections africaines grâce à une identité forte. Sans forcément disposer du réservoir de talents du Maroc, de l’Algérie, du Sénégal ou encore de la Côte d’Ivoire, la Tunisie compensait par une organisation rigoureuse, une discipline tactique exemplaire et une remarquable régularité dans les compétitions internationales.

Aujourd’hui, cette recette semble moins efficace. Alors que plusieurs grandes nations africaines ont franchi un cap important ces dernières années en matière de formation, d’infrastructures et d’exportation de talents vers les meilleurs championnats européens, la Tunisie donne l’impression de stagner. L’écart avec les locomotives du continent paraît s’être creusé, tant sur le plan individuel que collectif.

Les propos tenus par Hannibal Mejbri après la CAN 2025 résonnent d’ailleurs encore avec force. Le milieu tunisien avait appelé à une réflexion globale sur l’état du football national, estimant qu’une remise en question profonde était devenue indispensable. Un constat qui semble aujourd’hui plus pertinent que jamais à la lumière des difficultés actuelles de la sélection.

Seulement 11,39 % de chances de qualification

Malgré ce contexte particulièrement sombre, les calculs du superordinateur d’Opta laissent encore une petite fenêtre d’espoir. Avant les deux dernières journées, la Tunisie disposerait encore de 11,39 % de chances de se qualifier pour les seizièmes de finale.

Mathématiquement, rien n’est donc perdu. Les Aigles de Carthage doivent encore affronter le Japon dimanche matin avant de conclure leur phase de groupes contre les Pays-Bas dans la nuit du 25 au 26 juin. Deux adversaires redoutables face auxquels les Tunisiens partiront logiquement outsiders.

La marge d’erreur est désormais inexistante. Avec une différence de buts déjà fortement dégradée (-4), un total de trois points pourrait ne pas suffire pour figurer parmi les équipes repêchées. L’objectif est donc clair : aller chercher au moins quatre points sur les deux dernières rencontres pour conserver de réelles chances de qualification.

Avant toute considération tactique, la mission d’Hervé Renard sera surtout mentale. Il devra reconstruire la confiance d’un groupe qui vient d’encaisser dix buts lors de ses deux dernières sorties et qui semble profondément marqué par cette série noire. Son premier défi ne sera pas de révolutionner le jeu tunisien, mais de convaincre ses joueurs qu’ils ont encore leur destin entre leurs mains.

Car au fond, personne n’attend du Français qu’il règle en quelques jours les problèmes structurels du football tunisien. Les questions de formation, de gouvernance ou de renouvellement des talents nécessiteront des mois, voire des années de travail.

Ce pourquoi Hervé Renard a été appelé est beaucoup plus immédiat : provoquer un électrochoc. Redonner de l’orgueil à une équipe blessée. Transformer le doute en révolte. Et lorsqu’il s’agit de réussir ce type de mission commando, rares sont les entraîneurs qui possèdent un parcours aussi convaincant que celui de l’homme à la célèbre chemise blanche.